dimanche 8 juillet 2018

Les RNHP, Nantes et le péril bohème


Du 5 au 7 juillet 2018 se sont tenues les Rencontres Nationales de l’Habitat Participatif (RNHP) à Nantes (https://www.coordinaction.net/?RNHP2018 ).

Dans le même temps, des émeutes urbaines avaient lieu dans la même ville.

Bien entendu, il ne saurait être question d’établir un lien de cause à effet entre les deux.

Par contre, la société nantaise est malade et les RNHP participent du phénomène qui explique ladite pathologie.


Le mirage de l’économie du partage


Les organisateurs de ces fameuses RNHP sont des acteurs qui veulent se tailler une part de marché en conseillant les groupes d’habitants à titre professionnel. Le but est de leur donner contre rémunération des conseils économiques et juridiques sans pour autant avoir obtenu les diplômes correspondants.

Chacun a le droit d’exercer le métier qu’il veut. C’est la liberté du commerce et de l’industrie.

Encore faut-il le faire de façon loyale quand on concurrence d’autres professions et que l’on se heurte aux exigences légitimes des consommateurs.

En effet, celui qui offre une prestation et celui qui l’achète n’ont pas les mêmes intérêts. Ils peuvent avoir des relations courtoises voire cordiales mais il ne leur faut jamais oublier qu’ils sont placés dans des situations radicalement distinctes.

Toute la phraséologie sur l’économie du partage vise à camoufler cette réalité avec plus ou moins de bonheur. Le chauffeur VTC n’est plus un travailleur. Son client n’est plus un consommateur. Ils sont censés « partager » la voiture… Dans les faits, de grandes compagnies exploitent des conducteurs isolés et précarisés…

Les RNHP se situent dans la même veine. Sous prétexte d’initier une ambiance « sympa » entre des habitants censés échanger de « pair à pair » avec les animateurs en habitat participatif, il s’agit en fait de produire du conseil juridique dans des conditions très dégradées par rapport aux garanties qu’offrent les acteurs professionnels.

Des animateurs qui n’ont aucun diplôme de droit et qui ne lisent aucune revue juridique donnent donc des conseils juridiques. Ceux-ci peuvent avoir des conséquences dévastatrices. Chacun se retranche alors derrière des modèles et s'abrite grâce aux connivences officielles symbolisées par ces événements abondamment subventionnés par des élus prétendument progressistes.

L’ignorance contre la responsabilité


Un auteur a pu critiquer l’économie dite du « partage » en relevant qu’elle s’opposait aux « porteurs de flambeaux » (Tom SLEE, Ce qui est à toi est à moi. Contre Airbnb, Uber et autres avatars de l’« économie du partage », LUX, Canada, 2016, voir p. 206).

Sous prétexte de donner un rôle symbolique au consommateur dans la prestation, on prive autant ce dernier que les travailleurs de protections en incitant n’importe qui à faire n’importe quoi sans se soucier des cadres traditionnels qui assuraient la qualité du travail produit antérieurement.

Ainsi, les revues juridiques à comités scientifiques ne servent pas qu’à faire joli dans les études notariales ou les cabinets d’avocats. Elles permettent de mesurer la responsabilité professionnelle des acteurs qui produisent du conseil juridique. Celui qui donne un conseil dont il aurait pu savoir qu’il était dépassé en lisant une revue réputée s’expose à des sanctions.

Les animateurs en habitat participatif sont totalement étrangers à ce concept de responsabilité professionnelle. Ils se croient en droit de prodiguer du conseil juridique sans jamais citer les revues sérieuses. Du coup, ces animateurs n’ont aucune mémoire, à l’image de ces acteurs qui prétendent avoir inventé la copropriété participative alors que des dizaines d’articles ont été écrits à ce sujet antérieurement…

En pratiquant la disruption ignorante, on se coupe donc d’une tradition d’auteurs qui se succèdent et d’éditeurs qui servent de porteurs de flambeaux en gardant la mémoire des travaux déjà réalisés.

Le péril bohème

On comprend dès lors mieux les propos sévères du professeur Jean-Louis BERGE contre l’habitat participatif (« Les formes modernes de la copropriété », IRC, mars 2017, n° 626, pp. 13 à 17) :

« On saisit combien l’utopie du vivre ensemble a pu conduire le législateur à instaurer de nouveaux pseudo-concepts juridiques indéterminés, davantage conçus en termes d’affichage politique que de rigueur juridique.

Leur définition approximative, comme les difficultés de leur mise en œuvre sous forme de coopératives condamnent ces innovations, en dépit de l’organisation par la loi de ‘‘sociétés d’habitat participatif’’ ou de sociétés d’attribution et d’autopromotion.

Il s’agit là de fausses bonnes idées, empreintes de graves problèmes de garanties et dont les premières expérimentations semblent, pour le moins, décevantes… On ne peut guère limiter les coûts et éviter les professionnels, sans préjudicier à la qualité des prestations et des produits réalisés ».

Que les choses soient claires. Jean-Louis BERGEL n’est pas contre la participation. Il est contre les pratiques irresponsables des Bohèmes, c’est-à-dire les libéraux libertaires mus par ce que Michel CLOUSCARD appelait l’idéologie du désir (voir Aymeric MONVILLE, Le néocapitalisme selon Michel Clouscard, Paris, Delga, 2011, 64 p.).

Pour qualifier cette idéologie, on peut aussi parler de Bohème sans qu’il s’agisse ici de condamner la bourgeoisie intellectuelle ou artistique, qui n’est pas forcément bohème. Dany-Robert DUFOUR, un honorable universitaire, et donc un bourgeois intellectuel, a dénoncé avec pertinence cette tyrannie du désir provoquant le désarroi moral régnant chez ses confrères contaminés par l’esprit bohème (Dany-Robert DUFOUR, La Cité perverse, Denoël, 2009, Paris, 391 p.).



Avec justesse, Dany Robert DUFOUR cite Saint Augustin et sa Cité de Dieu où l’amour de Dieu était poussé jusqu’au mépris de soi, alors que dans le cité du diable, prônée par les Bohèmes, l’amour de soi est poussé jusqu’au mépris de Dieu (p. 51).

Le temps du mélange des genres

L’idéologie du désir d’hédonistes qui veulent capter une place par tous les moyens conduit à l’irruption sur le marché juridique de personnes dénuées de responsabilité concurrençant des intervenants traditionnels qui, eux, se soumettent à des obligations d’assurance et à un devoir de lire des revues sérieuses sous peine d’être sanctionnés.

C’est de l’ultralibéralisme caché par un verni de convivialité où l’on fait pression sur les consommateurs pour qu’ils ne se plaignent pas afin de ne pas casser l’ambiance.

A ce titre, les RNHP mélangent promotion des animateurs professionnels d’habitat participatif et volonté d’encadrer les habitants. Ces derniers sont pourtant les consommateurs des prestations offertes par ces animateurs. Imagine-t-on des syndics encadrer des consommateurs qui ont des revendications contre ces mêmes syndics ? On nagerait en plein mélange des genres.

Une omerta bohème sur les conflits d’intérêts

Le LGOC qui tient le présent blog condamne fermement les attitudes de ce type, d’ailleurs prohibées par ses statuts qui insistent sur les regards croisés.

Il a donc invité son président à boycotter ces fameuses RNHP. Le président du LGOC était venu aux RNHP de Marseille en 2015 mais sa présence avait été récupérée par des intervenants non juristes qui voulaient l’utiliser comme faire-valoir pour camoufler leurs incompétences…

Ni le LGOC, ni son président n’ont à être complices de tromperies. L’IGCHF, leur partenaire, n’a pas à l’être non plus.

Des animateurs en habitat participatif font circuler des « modèles » qui sont des textes confidentiels rédigés par le président du LGOC à titre professionnel il y a de nombreux mois et qui ne sont donc plus à jour. Le LGOC et l’IGCHF déclinent toute responsabilité quant à l’inadaptation de ces « modèles » qui n’auraient jamais dû être diffusés et dont l’utilisation à mauvais escient n’engage que les animateurs concernés.

Dans ce contexte, vouloir faire encadrer les habitants consommateurs par des prestataires qui leur fournissent des services contestables paraît très déplacé. On peut parler de manipulation. On est loin de la participation effective.

En fait de Rencontres Nationales de l’Habitat Participatif, il vaudrait mieux parler de Rencontre Nationale des Hyper-bohèmes Pseudo-participatifs.

On notera avec amusement que les pratiques des trolls administratifs (« agents publics et comportements de trolls ») sont imités par certains animateurs en habitat participatif qui se dispensent désormais de formules de politesse dans leurs messages au LGOC pour mieux signifier leur arrogance et leur volonté d’inféoder leurs interlocuteurs.

Maladie sociale et système AMIBE

Pour que le mélange des genres puisse fonctionner sans que la responsabilité professionnelle des conseilleurs juridiques non formés ne soit recherchée, il faut que chacun apprenne à se taire quand les catastrophes surviennent sans que les groupes d’habitants ne s’organisent de manière autonome.

On peut donc parler de système AMIBE (Atomisation Manipulatrice d’Inféodation à une Bohème Elitiste). Le principe est toujours de harceler des individus séparés de leurs groupes pour mieux les inféoder et les soumettre à une Bohème qui se considère comme une élite cooptée.

Nantes est l’un des hauts lieux de cette stratégie qui conduit évidemment aux discriminations.

Le système ultralibéral bohème mène au mépris du savoir, on l’a vu, mais aussi à la précarisation du travail et au rejet du mérite. Celle ou celui qui, sans distinction de genre ou de couleur de peau, a agi sous le regard des autorités légitimes et sans subventions est écarté au profit de l’incompétent grassement subventionné mais qui bénéficie de l’entre-soi.

C’est exactement ce qui désespère les personnes issues de la diversité.

Après, dans une société du désespoir, les tensions deviennent vives à la moindre remise en cause du travail des forces de l’ordre dont les membres sont évidemment des humains faillibles toujours susceptibles de commettre des erreurs…

Pour remettre de l’espoir dans notre société et permettre une plus grande tolérance à l’injustice passagère, il faut évincer tous les Bohèmes des places qu’ils usurpent tout en renvoyant à leurs foyers les élus qui se sont abaissés à inonder ces Bohèmes si peu méritants de subventions. Alors le travail sera encouragé et le respect des autorités légitimes pourra à nouveau prospérer.