lundi 29 mars 2021

Perdre la face lors d’une rénovation immobilière

 

Alors que les enjeux de la rénovation des bâtiments sont importants, des blocages sont prévisibles, car certains acteurs voudront garder la face dans une perspective contestable.





(La Manufacture à Nantes, exemple de bâtiment bien rénové par la puissance publique)

 

Un contresens malencontreux

 

« Les Anglais tous actionnaires, les Allemands tous factionnaires et les Français tous fonctionnaires », selon l’expression de Pierre LEGENDRE (lien)…

 

Dans notre pays, le primat est trop souvent donné au statut individuel. Cela a des avantages (en mobilisant les populations autour de la conquête des rentes) mais aussi des inconvénients lorsqu’il s’agit d’évaluer les performances de chacun.

 

De ce point de vue, certains commettent une erreur grossière lorsqu’ils analysent l’efficacité de la Chine continentale tout en notant son caractère dictatorial. Ils rêvent d’une tyrannie à la chinoise pour protéger leurs statuts individuels. C’est là commettre une approximation maladroite, voire un gros contresens.

 

Dimension collective de la face

 

Tout le problème est de savoir ce que protège le système autoritaire chinois : l’orgueil individuel ou l’implication dans une réussite collective ?

 

En France, et notamment en copropriété, de nombreux acteurs refusent de perdre la face, mais interprètent cela comme la préservation à tout prix de leur prestige individuel. Le syndic professionnel ou le conseiller syndical qui se trompent s’acharnent à avoir le dernier mot, même en manifestant la pire mauvaise foi.

 

En Chine, garder la face n’est pas qu’une question d’image de l’individu. Il faut aussi conserver l’aura de son guānxì (关系) (en caractères traditionnels pour les locuteurs japonais).

 

Le guānxì est le réseau interpersonnel dont chacun dispose et qu’il faut conforter tout en évitant d’humilier le guānxì des autres. Les personnes sont au cœur du guānxì, mais nul ne constitue un guānxì à lui tout seul. Or, le guānxì est un élément central de la face (, mìan en chinois, men en japonais), c’est-à-dire le prestige d’une personne.

 

Provocations irresponsables

 

Garder la face ne revient pas à préserver l’image que l’on a de soi, mais plutôt sa capacité à s’insérer dans un collectif. S’agripper à une image de soi inadaptée à la réalité empire même l’image que l’on donne.

 

Aussi, chacun peut faire une erreur. La façon dont est gérée cette erreur permettra ou non de conserver la face. Soit on se place dans une dynamique où une amélioration des performances est crédible, soit on tente de camoufler piteusement les échecs passés, ce qui montre que l’on n’est pas prêt à les surmonter.

 

Une entreprise qui a promis une certaine performance énergétique à l’issue d’une rénovation mais qui ne parvient pas à l’atteindre ne doit pas faire jouer ses relations parlementaires pour faire baisser les exigences légales en matière de rénovation des bâtiments (BATIWEB, « loi Climat et Résilience : vers des rénovations pas si performantes ? »). Sinon, loin de conserver la face, cette entreprise la perd.

 

De la même manière, loin de garder la face, le conseiller syndical la perd donc quand il gesticule en tous sens après avoir été pris en flagrant délit de mensonge (un peu comme un cafard fuyant ceux qui veulent les écraser, voir le « Melon de la Blatte ».

 

Reconstruire des garanties

 

En Occident, il est toutefois possible de retrouver la face quand on l’a perdue, même si cela réclame des efforts.

 

Le copropriétaire infect qui a demandé un service au conseil syndical puis qui critique ce dernier sans s’être proposé pour participer au service rendu perd la face. Il peut la retrouver en rendant à son tour des services, mais il faudra accepter d’être accueilli avec scepticisme dans un premier temps.

 

Lors d’une rénovation immobilière, la tâche est plus complexe encore, puisqu’il faut convaincre les autres d’investir. Le recours à des associations agréées peut alors sembler justifié.

 

Une association non agréée ne peut que moins inspirer confiance, puisqu’elle sera souvent adossée à des prestataires face auxquels le groupe sera désarmé s’il en venait à se plaindre en cas de performances insuffisantes. Les associations agréées, elles, n’ont pas le droit d’être liées à des prestataires professionnels (article R. 811-7 du CCH).

 

Les copropriétaires ont d’autant plus besoin d’être intégrés à un collectif durable et reconnu qu’ils feront face à des prestataires qui, sinon, feront tout pour ne pas perdre la face, comprise de manière malsaine (prestige statutaire individuel injustifié).