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mardi 14 novembre 2017

Quel statut pour le syndic ‘‘bénévole’’ rétribué ?

Des pressions liberticides sur le gouvernement

Le 10 février 2015, le député Stéphane SAINT-ANDRÉ a demandé au gouvernement s’il ne serait pas opportun de fusionner les statuts des syndics professionnels et des syndics bénévoles.

Cet élu radical de gauche, successeur de Jacques MELLICK à la mairie de Béthune (ce dernier étant un ‘‘vétéran’’ de l’affaire TAPIE…), sous-entendait qu’il fallait imposer les mêmes obligations de formation et d’assurance aux syndics non professionnels qu’aux syndics professionnels.

Le gouvernement a répondu que cette fusion ne lui semblait pas opportune (Rép. Min. n° 73562 JOAN Q, 11 avr. 2017 p. 2973, Annales des Loyers, juin 2017, pp. 37-38).

On comprend le gouvernement de l’époque…

Lorsque des personnes sont copropriétaires, elles sont propriétaires ensemble d’un même bien. Interdire à l’une d’entre elles d’assurer la gestion, c’est comme interdire à un adulte de gérer son propre bien.

Ce serait une violation grossière de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen qui prévoit, dans son article 17, que : « La propriété étant un droit inviolable et sacré, nul ne peut en être privé, si ce n'est lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l'exige évidemment, et sous la condition d'une juste et préalable indemnité. ».

On rappelle aussi l’article 544 du Code civil qui dispose : « La propriété est le droit de jouir et disposer des choses de la manière la plus absolue, pourvu qu'on n'en fasse pas un usage prohibé par les lois ou par les règlements. »

Le député Stéphane SAINT-ANDRÉ et ses amis syndics professionnels sont donc parfaitement d’accord pour faire payer les ménages en leur promettant qu’ils deviendront « propriétaires », tout en voulant les priver ensuite de leurs droits constitutionnellement reconnus, et notamment de celui de gérer leur propre bien.

Le gouvernement a fait preuve de sagesse en n’écoutant pas cette très mauvaise suggestion.

Une récidive, ou le retour des ‘‘oreilles’’ de syndics pros

Le lobby des syndics professionnels fait donc pression sur les élus dont il est proche pour tenter d’interdire la gestion non professionnelle.

Le présent blog l’avait évoqué.

En 2009, Rudy SALLES, un député médeciniste niçois, voulait ainsi empêcher la gestion non professionnelle pour les copropriétés de plus de 50 lots ou ayant un budget annuel de plus de 300 000 €. Les mandats de syndic non professionnel n’auraient été renouvelables qu’une fois et la détention d’un diplôme de droit immobilier ou de gestion aurait été obligatoire. Le syndic non professionnel aurait également dû avoir sa résidence principale dans la copropriété concernée (Bulletin de l’ARC, avril 2009, n° 84, p. 26).

Cette proposition était clairement liberticide, puisque le propriétaire d’un bien a le droit de le gérer comme il l’entend, d’habiter où il veut, et de ne pas être soumis à des conditions de diplômes pour gérer ses propres biens ! C’est d’autant plus drôle que, jusqu’à présent, il n’y avait pas de conditions de diplômes pour être salarié d’un syndic et donc gérer un portefeuille de plusieurs dizaines d’immeubles !

L’Association des Responsables de Copropriété avait lancé à ses adhérents : « De votre côté, n’hésitez pas à faire savoir à votre député que vous lui couperez les oreilles si d’aventure un jour ce projet venait à être débattu au Parlement et qu’il vote ‘‘pour’’. Les oreilles !!! » (« Les syndics bénévoles attaqués : l’ARC réagit », Bulletin de l’ARC, avril 2009, n° 84, p. 26).



Rudy SALLES, image de Nice Matin, les "oreilles" on vous dit...

Quand on connaît les tribulations de Jacques MEDECIN, les leçons de morale de ce député à l’encontre des syndics non professionnels étaient tout aussi difficiles à accepter que celles que donnaient Stéphane SAINT-ANDRÉ, successeur de Jacques MELLICK…

On ne peut que constater la facilité avec laquelle les syndics pros s’associent à ce genre de politiciens dignes d’être jetés dans le « basket of deplorables » de Hillary  CLINTON… C’est bien pour cela que les professionnels de l’immobilier sont radicalement inaptes à fournir les garanties que prône le présent blog.

L’agacement des syndics professionnels

Malgré ces méthodes épouvantables, le comportement des syndics professionnels peut s’expliquer.

Dans un décret n° 2015-342 du 26 mars 2015, un contrat type de syndic de copropriété a été promulgué. Dans son article 8, ce contrat type prévoit que le syndic non professionnel peut être rétribué.

Cela a pu surprendre les syndics professionnels qui s’en sont plaints en contestant la légalité de ce contrat type devant le Conseil d’Etat. Ce dernier leur a donné tort sur ce point (Jacques LAPORTE, Maurice FEFERMAN, « Le contrat type de syndic. Lorsque le Conseil d’État sanctionne le pouvoir réglementaire… » AJDI, janvier 2017, pp. 17 à 21).

Les syndics professionnels ont alors souhaité augmenter les contraintes qui pèsent sur les syndics non professionnels, car ils ressentent la présence de ces syndics dits ‘‘bénévoles’’ susceptibles d’être payés comme une concurrence déloyale.

Désormais, les syndics professionnels sont astreints à des impératifs de formation initiale et continue. Que des personnes susceptibles d’être payées puissent exercer sans être astreintes aux mêmes obligations est perçu comme une injustice.

Pourtant, la solution n’est certainement pas de restreindre les libertés publiques et de mettre sous tutelle les propriétaires de biens, sauf à bouleverser le marché. Imagine-t-on de soumettre les acquéreurs de lots de copropriété à une exigence de diplôme ? Si Rudy SALLES et Stéphane SAINT-ANDRÉ avaient été logiques, c’est ce qu’ils auraient réclamé.

Evidemment, les intervenants rétribués lors des ventes, agents immobiliers et notaires en tête, auraient été les premiers à hurler ! Si tous les acheteurs naïfs disparaissaient, ce serait une catastrophe pour les gens qui profitent du marché.

La vraie régulation par l’intelligence des acquéreurs

Les syndics non professionnels sont moins coûteux et présentent des garanties très supérieures quand on veut éviter le mélange des genres et les collusions avec divers prestataires intéressés.

Dans les petits immeubles et dans les endroits où le dégoût des promoteurs est à son comble, c’est largement la meilleure solution.

Néanmoins, les syndics non professionnels peuvent effectivement être incompétents, arrogants, prétentieux et ignares, comme des parvenus remplis de leur titre de propriétaires et se pavanant sans jamais justifier sérieusement leurs affirmations.

Pour l’éviter, multiplier les règles et les lois n’est pas nécessaire. Mieux vaut attirer l’attention des acheteurs sur des tests précis

Quand les syndics non professionnels, qui sont également des propriétaires, sauront que leur gestion sera évaluée selon des critères exigeants par les acheteurs, ils arrêteront de faire n’importe quoi.

Curieusement, ceux qui sont les premiers à comploter contre les syndics non professionnels ne s’appesantissent pas sur ces critères à développer pour prévenir les acheteurs…

En finir avec l’omerta

Face à certains pièges, les acquéreurs de biens immobiliers sont trop souvent confrontés au silence des professionnels rémunérés lors des ventes.

Des propagandes mal étayées incitent les ménages à devenir « propriétaires », alors que cela conduit parfois à la fragilisation de leur patrimoine.

Quant aux appels à l’implication des copropriétaires dans la gestion des immeubles, ils cachent fréquemment une forme d’élitisme.

Les syndics non professionnels consciencieux sont de moins en moins nombreux. Bien des citoyens soucieux de s’investir dans la gestion de leur immeuble doivent plutôt s’associer à des personnes déjà présentes sur place et ayant pris de mauvaises habitudes.

L’IGCHF (Institut des Garanties Citoyennes pour l’Habitat en France), a été créé afin d’initier un nouveau rapport au droit fondé non pas sur l’autoritarisme des notables mais sur une argumentation vérifiable. C’est le premier pas nécessaire pour échapper au mélange des genres où celui qui conseille a tout intérêt à mal conseiller celui qui l’écoute. Il s'est transformé depuis en l'association Les Garanties Citoyennes.

Pour briser la loi du silence, il faut donc donner des garanties. À cette fin, les opinions avancées doivent être fondées sur des références explicites au lieu d’être assénées de manière péremptoire par ceux qui profitent de l’aveuglement des acheteurs.

jeudi 5 mai 2016

Repenser la propriété : Les sources du garantisme civique

Un excellent livre vient de paraître.



Sylvette DENÈFLE (dir.), Repenser la propriété. Des alternatives pour habiter, Presses universitaires de Rennes, 2016, Rennes, 220 p.

Cet ouvrage collectif est aussi important que ne l’a été La République coopérative de Jean-François DRAPERI.

On peut ne pas être d’accord avec la position de tous les auteurs de Repenser la propriété, mais ils posent tous les bonnes questions.

A nous de démontrer que le garantisme civique permet d’apporter les bonnes réponses.

Repenser la propriété se situe exactement dans le sillage des préoccupations exprimées dans le Guide du garantisme civique (page 7).

Le chapitre introductif le montre (Sylvette DENÈFLE, « La propriété, axe essentiel des évolutions idéologiques récentes », pp. 9-19).

Sylvette DENÈFLE souligne, elle-aussi, l’évolution du droit de propriété.

Sous l’antiquité, la propriété individuelle était la caractéristique de la puissance du citoyen romain, maître absolu de son domaine et des personnes placées sous sa dépendance (p. 9).

Ensuite, le droit de propriété a accompagné la conception moderne de la citoyenneté en devant servir de sous-bassement à l’exercice des droits de l’individu (p. 10).

De nombreux auteurs du XIXe siècle ont allégué qu’il ne pouvait y avoir de citoyenneté sans propriété (p. 12).

Les solidaristes comme Léon BOURGEOIS et les partisans de la coopération de consommation comme Charles GIDE n’ont pas souhaité remettre en cause cette idée mais ont voulu créer des aménagements pour protéger la propriété face à la montée du socialisme autoritaire (p. 13).

Le système français, après la Libération, a donc reposé sur une promesse d’intégration civique des classes laborieuses grâce au plein emploi et à la propriété du logement (p. 14).

Néanmoins, depuis les années 1970, alors que prévaut le rêve pavillonnaire, la pratique religieuse s’effondre, l’ordre familial est bousculé, le travail devient flexible et les interrogations sur la préservation de l’environnement s’accentuent. Dans le même temps, la nostalgie de l’ère du plein emploi domine. La période de la prospérité gaulliste est le point de référence obligé, une sorte d’âge d’or vers lequel on voudrait revenir  (p. 15).

La montée de la précarité délite la confiance en le travail comme moyen d’ascension sociale (p. 16).

Dans ce contexte, la référence à Elinor OSTROM et sa théorie des communs est une piste intéressante de réflexion pour sortir des impasses de l’individualisme (p. 17).

La volonté d’explorer la logique du partage est exprimée plus fréquemment dans notre société (p. 18), même s’il y a une conscience aiguë des difficultés causées par les habitudes individualistes induites par la propriété absolue et personnelle.

Cette préoccupation rejoint le souci d’une économie du partage exprimé sur le présent blog.

Enfin, Sylvette DENÈFLE rappelle les aspirations d’une certaine jeunesse internationale à la contestation de la propriété au nom du droit à la vie.

En bref, on assiste à la recherche d’une troisième voie entre, d’un côté, le libéralisme individualiste et, de l’autre, le totalitarisme socialiste. Cette voie ne peut être la social-démocratie, le solidarisme ou l’autogestion, qui ont déçu (p. 19).

Cette introduction remarquable de Sylvette DENÈFLE ne peut susciter que l’approbation, avec une seule réserve. La propriété individuelle est qualifiée de « républicaine » pour souligner son lien avec le projet des Jacobins qui rêvaient d’une France de citoyens petits propriétaires atomisés mais libres n’ayant face à eux que l’Etat. On aurait préféré l’expression de propriété « jacobine » pour qualifier ce rêve.

Le terme de « républicaine » pour la propriété individuelle absolue est très contestable, surtout en référence à l’article 17 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 qui proclamait la propriété comme un droit sacré.

En 1789, la France n’était pas une République. En 1804 non plus. En 1820 non plus. En 1840 non plus, et pas plus en 1860. Or, dans toutes ces périodes, la petite propriété individuelle a été fondamentale comme argument pour soutenir ces divers régimes (pour le Second Empire, voir le Centre de la France).

Ce n’est qu’une réserve très limitée. Le propos de Repenser la propriété est extrêmement intéressant et tous les auteurs se situent dans la perspective ouverte par Sylvette DENÈFLE.

Bien entendu, le LGOC ne peut qu’être extrêmement sensible à l’article de Sabrina BRESSON, « La copropriété repensée dans l’habitat participatif » (pp. 103-114).

Au-delà du fait que cette auteure a la gentillesse de citer le n° 51 de Droits et construction sociale (édité par le LGOC), ce qu’elle écrit est au cœur des préoccupations de l’association qui élabore le présent blog.

En page 111, elle s’interroge sur le fait que l’habitat participatif puisse être une alternative ou un renouveau pour la copropriété.

C’est là le sujet que l’association LGOC souhaite voir abordé en suscitant des ateliers pour étudier la copropriété participative.

Certes, Sabrina BRESSON semble reprendre implicitement l’accusation de l’entre-soi portée contre tous ceux qui s’inscrivent dans l’habitat participatif (p. 109).

Un autre auteur en fait autant de manière plus explicite (Yannick TRÉMORIN, « Brèves remarques sur la place de la propriété individuelle dans la division des immeubles bâtis », pp. 67-82) tout en reprenant les arguments classiques des adeptes les plus intransigeants de la copropriété (voir RFCP n° 4, pp. 3 et 4). Cela force le LGOC à être meilleur en présentant ses arguments, même si Yannick TRÉMORIN a l’intelligence de reconnaître qu’en copropriété, seule la personne morale du syndicat de copropriétaires possède le bien immobilier, les détenteurs de lot n’ayant qu’un droit limité à jouir de parties privatives et à être convoqués aux assemblées générales (p. 72).

Des actions conduites par des membres de l’association LGOC prouvent que l’on peut éviter l’entre-soi dans une dynamique citoyenne. Mener une action collective de manière saine et équilibrée en donnant des garanties aux participants permet de recréer de la confiance et du lien social.

Le garantisme civique, qui s’inscrit dans la démarche citoyenne prônée par la loi au titre de l’habitat participatif (article 200-1 du Code de la construction et de l’habitation) et donc à l’opposé de l’entre-soi, contrairement aux complots technocratiques, au corporatisme des rentiers, au dogmatisme des chapelles universitaires et aux réseaux malsains d’influence visant à faire des profits illicites.

Ainsi, les auteurs de Repenser la propriété ne sont pas des partisans du garantisme civique, mais cela ne retire rien à l’intérêt de leurs écrits. Bien au contraire.

Un article défend le droit pour l’Etat d’imposer des contraintes inattendues aux propriétaires (Nicole LEROUSSEAU, « Quelques observations sur le droit de propriété, entre permanence et adaptation », pp. 23-31). C’est au LGOC de démontrer qu’il s’agit d’une erreur au plan constitutionnel. Néanmoins, la même auteure a la sagesse de s’interroger sur la dimension illusoire de la propriété individuelle en copropriété et sur les résistances à la reconnaissance de la propriété des habitants sur des biens communs traditionnels dans des sections de communes.

Un autre article vante les expériences urbanistiques d’insertion des habitants dans l’aménagement des quartiers sans trop s’interroger sur les mécanismes précis qui permettent d’éviter que la participation ne soit un piège à pigeons (Taoufik SOUAMI, « La transition du rapport de propriété au rapport d’usage et de services face aux fondements de la fabrication urbaine », pp. 43-51). Toutefois, l’auteur de cet article a le mérite de mettre en lumière la réticence des technocrates qui emploient une phraséologie participative face à l’irruption des habitants.

Chaque article de Repenser la propriété constitue donc un apport très stimulant, même lorsque les idées exprimées sont contraires à celles du garantisme civique.

La palme de l’article qui suscitera la polémique la plus vive est celui qui défend les squats féministes (Edith GAILLARD, « Les squats féministes : une lutte pour l’émancipation et l’autonomie », pp. 201 à 210). Ce texte nous permet de réfléchir, en réaction, sur la dangerosité extrême de la violence dans un contexte où une grande partie de la population a beaucoup souffert et où son seuil de tolérance face aux agressions est nul. Attaquer les victimes des tromperies de l’Etat en squattant leurs biens, c’est s’exposer à avoir des corps francs dans les rues de France. C’est comme cela que les gauchistes ont miné la République de WEIMAR dès l’origine en contraignant les pouvoirs publics, mêmes lorsqu’ils étaient dirigés par des socialistes, à dépendre de troupes publiques et privées hostiles à la démocratie pour réprimer les insurrections (Horst MÖLLER, La République de Weimar, Taillandier, Coll. Texto, Paris, 2011, 2004 pour l’édition originale, trad. Claude PORCELL, 367 p.)

Le refus de la propriété est compréhensible mais la non-violence paraît impérative aux yeux des membres du LGOC. Le squat est donc toujours difficilement acceptable, sauf quand il s’agit d’une résistance de ménages face à la tromperie et dans l’attente de la décision d’une juridiction.

Quant aux articles de Julien GEORGE (« Qu’en est-il de la théorie générale de la propriété ? Bilan et perspective », pp. 33 à 41) et de João Pedro NUNES (« Visibilité de la propriété, invisibilité de la copropriété. Être copropriétaire de son logement à Lisbonne (1950-2011) », pp. 83 à 91), ils sont tout simplement remarquables. Le président du LGOC avait eu le plaisir d’entendre ces auteurs lors du séminaire de Tours organisé par le groupe de recherche ALTERPROP, rencontre à laquelle il avait participé le 27 janvier 2012.

Ces deux auteurs, sans forcément le vouloir, ont beaucoup contribué à la réflexion qui a conduit à créer la RFCP.

Bien sûr, ils ne sont pas les seuls.

Les historiens Jean NICOLAS, Annie FOURCAUT, Ronald HUBSCHER, Daniel STRUVE et Patrick BOUCHERON y ont aussi contribué, tout comme le géographe Félix DAMETTE.

En droit et en sciences politiques, Jacques LAGROYE, Claude EMERI, Françoise DREYFUS, Nicole BELLOUBET, Pierre LEGENDRE et Jacques ZILLER ont eu un apport essentiel.

Là encore, ils n’étaient pas ou ne sont pas forcément des partisans du garantisme civique (ce qui est d’ailleurs dommage, quand on sait que Mme BELLOUBET siège au Conseil constitutionnel…).

Néanmoins, en tant qu’enseignants universitaires ou comme participants à des projets de recherche, ils ont fourni des bases de réflexion qui, ensuite, ont servi d’outils aux membres de l’association, le travail se concentrant actuellement sur les notions de ressources communes et de partage.

Repenser la propriété, qui résulte donc du travail du groupe de recherche ALTERPROP, est un ouvrage dont la lecture est indispensable pour tous ceux qui s’intéressent au garantisme civique, doctrine défendue par l’association LGOC.

Merci à tous les auteurs de Repenser la propriété pour leurs contributions même lorsque le LGOC n’est pas d’accord avec leurs idées.

samedi 2 mai 2015

L’idée républicaine selon Marie Pauline DESWARTE

Dans un ouvrage déjà un peu ancien, Marie-Pauline DESWARTE, qui fut maître de conférences à Paris XIII puis professeure de droit public à l’université d’Artois, a expliqué ce qu’était l’idée républicaine (Essai sur la nature juridique de la République. Constitution, institution ? L’Harmattan, Paris, 2003, 341 p.).




Marie-Pauline DESWARTE, dans son livre, fait le bilan d’une conception de la République aujourd’hui dans l’impasse.

Bien que son analyse soit intéressante, il convient immédiatement de dire ici que cette auteure a pu exprimer, par ailleurs, des idées très particulières.

Après avoir défilé à la Manif pour tous (http://www.lextimes.fr/5.aspx?sr=1208), elle est devenue l’apôtre d’une conception discutable de l’histoire du droit.

Soutenue par un site royaliste des plus virulents (http://bit.ly/1bp9VZe), elle ne cache pas son hostilité à l’avortement, sa sympathie pour Maurras et sa nostalgie de l’Ancien Régime et de ses principes prétendument chrétiens, et cela sur un site où intervient également Alain SORAL (http://bit.ly/1zDx6eo).

Lorsque Marie-Pauline DESWARTE déclare, actuellement, que l’homme est un être relationnel, on ne peut que l’approuver. C’est d’ailleurs une formule souvent employée par des tenants du constructionisme social.

Toutefois, Marie-Pauline DESWARTE en tire comme conclusion le fait que les liens organiques nés dans le passé passent « dans nos gènes », ce qui, cette fois-ci, ferait à juste titre bondir les constructionistes.

Pour cette auteure, le passé organique est censé être bon, et son oubli, une catastrophe.

Autant on peut approuver le rejet de l’individualisme des Jacobins, qui ne voulaient aucun corps intermédiaire entre les citoyens atomisés et l’Etat, autant on ne peut souscrire à cette vision angélique de l’Ancien Régime.

La tripartition entre paysans, nobles et clercs ne relevait pas de l’ordre naturel des choses, n’en déplaise à Marie-Pauline DESWARTE.

Des évêques paillards et des aristocrates dépravés exploitant des paysans incultes, sur fond de floraison des trafics esclavagistes et de parasitisme des détenteurs d’offices… On était loin des valeurs prônées par le Christ.

Ces précisions visent à éviter une accusation de collusion avec Marie-Pauline DESWARTE. On doit, néanmoins, admettre que l’analyse de cette dernière paraît pertinente dans son Essai sur la nature juridique de la République.

En effet, après avoir noté que la Res Publica, au sens de chose publique, avait fait l’objet d’un éloge par Cicéron (p. 29), elle remarque que la Couronne, sous l’Ancien Régime, était une institution (p. 34). La République s’est construite, en France, contre cette institution (p. 79).

Le but du projet républicain a été d’effacer les devoirs individuels envers l’institution pour introduire un devoir collectif visant à supprimer l’exploitation (p. 159).

La recherche des droits fondamentaux est donc le principe structurant de l’ordre juridique républicain (p. 297).

Dès lors, être républicain, cela ne revient plus à savoir comment préserver ce qui appartient à tout le groupe, ce qui fait la res publica, la chose commune. Désormais, être républicain, en France, c’est présenter à la société une liste d’exigences concernant des droits que l’on estime être en position de réclamer.

On notera que cette évolution s’est surtout accentuée après 1918. Les notions de sacrifice pour la nation et de mission civilisatrice de cette dernière étaient très présentes auparavant (pour le meilleur et pour le pire, notamment dans le bellicisme et la colonisation…).

Aujourd’hui, être républicain, c’est donc se permettre de présenter une créance à la société et pleurnicher lorsque l’on n’est pas satisfait, ce qui relève du consumérisme victimaire. Hélas, et comme le disait si bien Margaret THATCHER, on ne peut pas, à proprement parler, dire qu’il existe une société à laquelle on peut demander quelque chose (« there is no such thing as society », http://www.margaretthatcher.org/document/106689).

La société, c’est toujours quelqu’un de précis qui fera le travail. Réclamer une chose à la société sans s’intéresser à ce que l’on fera pour elle, cela revient à exiger le sacrifice de certains pour pouvoir « jouir sans entraves » de son côté… Cela revient à punir ses alliés et à créer une fracture avec eux.

On pense à toute cette Bohème qui, durant des années, a agoni d’injures les forces de l’ordre avant de manifester en masse quand elle s’est sentie menacée dans sa liberté d’expression, le tout en applaudissant les CRS.

Tous ces demandeurs de sécurité s’intéressent-ils pour autant au sort des policiers et des gendarmes qui les protègent ? S’intéressent-ils au sort des veuves de policiers et de soldats morts en fonction ?

Cela ne veut pas pour autant dire qu’il faut condamner le progrès et revenir au bon vieux temps de l’aristocratie corrompue, car elle aussi faisait reposer sa fortune sur l’exploitation des serviteurs invisibles du bien commun.

Les indignités commises par la monarchie absolutiste sont également à la racine de la violence qui a explosé en France puis en Europe entre 1789 et 1815. Dissimuler ces indignités, c’est s’en faire le complice.

La solution à l’épuisement du mythe républicain actuel n’est ni le retour aux dépravations passées, ni le règne du « pas vu, pas pris » sur fond de jungle exploiteuse. Margaret THATCHER, lorsqu’elle soutenait des tyrans racistes alors qu’il ne s’agissait plus d’une nécessité liée à la lutte contre le stalinisme, n’était pas la mieux placée pour donner des leçons.

C’est plutôt le souci réel du bien commun que nous devons retrouver.

Cela passe par une véritable réflexion sur les garanties nécessaires pour que l’action collective ne camoufle pas une banale exploitation.

La coopération authentique doit être prônée. Elle nécessite une vérification de l’adéquation des actions par rapport aux principes. Cela passe par une rotation de tous aux postes permettant l’accès à l’information. A son tour, la rotation rend possible une alternance dans les fonctions et donc un début de réciprocité des apports des uns et des autres, puisque ce ne sont pas toujours les mêmes qui font tout.

La diversité des intérêts et des trajectoires passées fait que la vérification mentionnée plus haut s’opérera en permettant des regards croisés sur les actes de chacun. Enfin, il faut éviter que chaque participant à l’action collective puisse être pris à partie seul. L’intermédiation du groupe et des autorités collectives permet d’éviter que des individus ne soient harcelés et manipulés. C’est toujours à l’institution qu’il faut s’adresser et non aux personnes fragilisées par les multiples relations qu’elles ont nouées et les exigences qu’elles impliquent.

On peut donc prôner une république plus authentique sans basculer dans un spontanéisme un peu bohème. La coopération n’est pas condamnée à devenir un slogan vide destiné à tromper des pigeons et à accabler de demandes infondées des individus vulnérables car isolés, sur fond de désengagement de l’Etat ou de captation des deniers publics par des mafias.


On n’est pas non plus obligé de prôner le retour à l’Ancien Régime sur fond de geignardise maurassienne et de négationnisme concernant l’esclavagisme.